Fractional Module, 2019, Saloua Raouda Choucair (Exposition Elles font l’abstraction)

Il y a quelques jours, et après de longs mois d’attente et de manque, le rideau a enfin commencé à se lever sur la sphère culturelle en France. A cette occasion joyeuse de la réouverture des musées, nous avons tenu à célébrer avec vous ce retour progressif à la normale et à vous dresser une liste des dix expositions à ne pas manquer en 2021 à Paris

Entre couleurs, expériences, art abstrait et figuratif, traditionnel et numérique, nous avons établi un panorama très éclectique de nos coups de cœurs, et attendons avec impatience vos retours sur vos expositions préférées.

L’heure bleue, de Peder Severin Krøyer, au Musée Marmottan Monet

Peder Severin Krøyer (1851-1909) est l’un des plus grands maîtres de la peinture danoise. L’une de ses caractéristiques est sa façon absolument étonnante d’interpréter « l’heure bleue », phénomène météorologique qui précède le crépuscule et remplit le ciel d’un bleu nuit clair et sublime. Cet intérêt marqué pour une nature qui nous dépasse explique sa préférence pour le travail en plein air, et son amour pour cette extériorité brute et grandiose lui aura inspiré des tableaux monumentaux, poétiques et merveilleusement réjouissants.

Summer Evening on Skagen’s Southern Beach with Anna Ancher and Marie Krøyer, Peder Severin Krøyer

Peintres femmes, 1780-1830. Naissance d’un combat, au Musée du Luxembourg

Dans cette exposition exaltante, le Musée du Luxembourg met à l’honneur ces femmes remarquables qui, entre 1780 (30 années seulement après la « naissance » de l’esthétique) et 1830, ont véritablement contribué au rayonnement du monde de l’art français. Plus encore, par la pratique de leur art, elles ont lutté pour leur droit à la formation, à la professionnalisation, et bien sûr pour la reconnaissance de leur talent et leur légitimité à occuper une place essentielle sur le marché de l’art. Retour donc sur ces artistes injustement oubliées, auxquelles il est temps de rendre hommage et qu’il est urgent de réhabiliter dans notre histoire de l’art, au nom de leur talent et leur combat.

 

La paix ramenant l’abondance, Élisabeth Vigée Le Brun

Modernité suisses (1890-1914), au Musée d’Orsay

Si vous avez soif d’œuvres colorées, apaisantes et dépaysantes, cette exposition est faite pour vous. En ce moment, le Musée d’Orsay vous emmène en effet à la découverte de la scène artistique suisse de la fin du XIXème siècle. Cuno Amiet, Giovanni et Augusto Giacometti, Felix Vallotton, Ernest Bieler et d’autres artistes encore y sont exposés, et retracent leur histoire et leur culture nationale à travers des œuvres puissantes, aussi bien d’un point de vue esthétique que symbolique, dans le contexte singulier de la naissance de la modernité et de l’affirmation de ce qui était encore alors un jeune Etat fédéral.

Vue de Capolago, Giovanni Giacometti

Elles font l’abstraction, au Centre Pompidou

Arts plastiques, danse, photographie, films et arts décoratifs sont autant de savoir-faire présents dans cette exposition éclectique qui a pour ambition première de retracer l’histoire de l’apport des artistes femmes à l’abstraction. Ce sont ainsi près de 110 femmes et plus de cinq cents œuvres qui y sont exposées, dans une période s’étalant de 1960 aux années 1980. Cette volonté de valoriser le travail de ces femmes audacieuses, libres et avant-gardistes fait écho à l’exposition précédemment citée du Musée du Luxembourg, et réjouit de fait par sa participation à la réhabilitation des femmes injustement oubliées de l’histoire de l’art.

 

Canon, Helen Saunders

Damien Hirst, Cerisiers en fleurs, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain

Dans cette exposition quasi-immersive, vous pourrez flâner dans un cadre des plus fleuris et enchanteurs, parfois figuratif, d’autres fois plus abstrait, mais toujours joyeux et coloré. Exposé à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Damien Hirst réinterprète en effet le sujet traditionnel de la représentation florale, en y apportant une touche très personnelle puisque ses œuvres semblent à la croisée de divers courant et savoir-faire, à commencer par l’impressionnisme, le pointillisme et l’action painting. Dans cette exposition qui se veut hommage aux grands mouvements artistique de la fin du XIXème et XXème siècle, laissez-vous donc porter par cette nature onirique et revigorante.

Fantasia Blossom, Damien Hirst

Signac, Les harmonies colorées, au Musée Jacquemart-André

Paul Signac (1863-1935) est l’un des principaux théoriciens du néo-impressionnisme, et dont la maîtrise de la représentation de paysages se donne à voir au Musée Jacquemart-André. L’exposition consiste en un véritable parcours chronologique, qui donne ainsi à voir aussi bien les premiers tableaux de Paul Signac, alors qu’il crée encore sous l’influence de Claude Monet, que ses dernières œuvres, qui témoignent de l’aboutissement de son processus de libération de la couleur dans son travail. Sont exposés également d’autres artistes du mouvement néo-impressionniste tels que Achille Laugé, Camille Pissaro ou encore Georges Lemmen, pour ne citer que quelques exemples.

 

Les Andelys, Soleil couchant, Paul Signac

Dali, l’énigme sans fin, à L’Atelier des Lumières


Après son succès foudroyant en 2019, lors de l’exposition Van Gogh, La nuit étoilée, L’Atelier des Lumières renouvelle l’expérience et nous invite cette fois-ci à une véritable réinterprétation des œuvres de Salvador Dali. Sur un fond sonore des légendaires Pink Floyd, cette exposition propose non seulement une projection sur le sol et les murs jusqu’à dix mètres de haut des œuvres du célèbre surréaliste, mais donne également vie à ces œuvres en proposant une analyse singulière du mouvement et de la vitalité qui les habitent. Une façon étonnante et fascinante de repenser le surréalisme, dont la principale caractéristique consiste à contester le primat de la représentation claire et sensée au profit de l’expérience et du ressenti.

© Atelier des Lumières

Carte blanche à Anne Imhof, Natures mortes, au Palais de Tokyo

Le travail d’Anne Imhof est particulièrement porté vers la notion de performance. Or qui dit performance dit expérience en ce qui concerne les spectateurs. Sans surprise donc, cette exposition multi-sensorielle a attiré notre attention, tant il s’agit d’une œuvre totale, polyphonique. Il s’agit en effet d’une véritable démarche de fusion des corps et de l’espace, de la musique et de la peinture, une expérience grisante de vitalité. C’est d’autant plus vrai lorsque l‘on considère que le thème de cette carte blanche est la nature morte, une forme d’étude de l’intervalle entre le vivant et le non vivant qui explore avec brio la richesse des contraires (ombre/ obscurité, passé/ présent, immobilité/action…) dans une exposition immersive qui joue sur nos sens et notre perception de l’espace. A cette occasion, Anne collabore avec l’artiste plasticienne et compositrice Eliza Douglas, ainsi qu’avec une trentaine d’artistes invités.

Anne Ihmof, Natures Mortes, vue d’expositin, Palais de Tokyo, © Andrea Rossetti

L’invention du surréalisme : des champs magnétiques à Nadja, à la Bibliothèque nationale de France

A l’occasion du centenaire de la publication par André Breton et Philippe Soupault du recueil Les Champs magnétiques qui a eu lieu en 2020, « première œuvre purement surréaliste » selon les mots de Breton, la Bibliothèque nationale de France propose une aventure littéraire pour retracer l’histoire du surréalisme et des figures qui l’ont incarnée. C’est une magnifique occasion de découvrir la façon dont une véritable génération de poètes, à la tête de laquelle figurent Louis Aragon, Philippe Soupault, Paul Éluard et André Breton, ont initié une nouvelle façon d’écrire, une sorte de contre-littérature révoltée par la littérature officielle et la grande bourgeoisie. Pour cela, ils se sont inspiré des sentiments bruts que leur ont inspiré une société responsable d’une guerre sanglante, et ont articulé leur expression autour de tableaux, collages, photographies, films, cadavres exquis engagés et bouleversants.

André Breton, René Hilsum, Louis Aragon, Paul Éluard avec Dada 3, janvier 1919. Photo anonyme, © Paris

Hito Steyerl. I will survive, au Centre Pompidou

Cette exposition met à l’honneur Hito Steyerl, cette artiste des nouveaux médias qui a été désignée à la première place de la liste Power 100 des personnalités les plus puissantes du monde de l’art en 2017. Pour notre plus grand plaisir, c’est de loin la plus grande exposition qui lui ait jusqu’alors été consacrée, et nous la devons à la collaboration entre Le Centre Pompidou et le K21 Düsseldorf, en France et en Allemagne. C’est une occasion immanquable de découvrir ses pièces majeures (How not to be seen en 2013 ou Factory of the Sun en 2015 par exemple), ainsi que ses nouvelles productions. Par le biais d’installations vidéo et multimédia immersives, l’artiste place le public au centre de l’exposition, et l’invite à une véritable réflexion sur notre monde numérisé, globalisé, mondialisé, bancal à bien des égards, et sur certaines de ses pernicieuses dérives.

Factury of the sun, Hito Steyerl, © Justin Lubliner