Scintillant, Jaime de Los Rios

Jaime de Los Rios est un artiste numérique spécialisé dans la conception d’algorithmes. Son thème de prédilection ? La Nature. Depuis toujours, l’artiste espagnol s’intéresse de près aux comportements émergents qui se produisent dans le monde organique ainsi qu’aux mouvements des systèmes.

Dans son travail, Jaime de Los Rios contemple et analyse des phénomènes naturels et applique les mathématiques de la nature à la couleur et au mouvement. Artiste et Ingénieur de formation, les nouvelles technologies sont ses  pinceaux. Son travail s’exprime à travers la programmation, les microprocesseurs, les ordinateurs, ou encore la lumière. Ses œuvres sont diffusées sur des écrans géants aux quatre coins de la planète ainsi que dans des expositions collectives internationales.

Jaime de Los Rios

Comment décrirais-tu l’art numérique ?

« L’art numérique fait partie intégrante de l’art cinétique, qui fait lui-même partie de l’ère cybernétique, un paradigme qui s’ouvre avec l’apparition de l’ordinateur et des machines.

Il est important de comprendre que l’art numérique est formellement et conceptuellement l’expression de l’ère numérique, une ère basée sur la technologie binaire des uns et des zéros, aux portes de l’ère quantique dans laquelle l’art est à la recherche de nouvelles capacités informatiques. 

Bien que les concepts et les technologies soient apparus antérieurement, les nouveaux Médias font surtout référence au courant artistique qui émerge dans les années 90, lorsque l’ordinateur personnel commence à se démocratiser. 

C’est le Net Art (antécédent : Fluxus et Dada) qui lance plus ou moins l’art de travailler les nouveaux Médias.  Des concepts aussi importants que l’art génératif et la dynamique, y compris le Bioart, apparaissent également dans les années 90. Selon moi, les artistes Laurent Mignonneau et Chirsta Sommerer sont prépondérants dans le monde de l’art digital et permettent de comprendre le phénomène du Net Art. »

Interactive Plant Growing, 1992, Laurent Mignonneau & Christa Sommerer

De nombreux courants doivent être qualifiés d’art numérique : 

– L’art logiciel
– Le hack Art
– Le BioArt
– L’Art génératif
– L’art sonore
– Le Net Art
– L’Art lumineux
– L’intelligence artificielle
– L’Art robotique
– L’Art ou science-art hybride
– L’Art algorithmique »

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire de l’art numérique ? Qu’est-ce qui t’anime dans l’exploration de nouveaux medias ?

« J’ai suivi une formation en ingénierie électronique industrielle. Dès le début de mes études, j’ai senti que l’ingénierie favorisait des résultats très concrets et très orientés marché, surtout pour résoudre des problèmes qui, bien qu’importants, ne correspondaient pas à ma spiritualité.  J’ai donc décidé de reprendre les mêmes outils que ceux utilisés en ingénierie, avec pour nouvelle mission d’étudier leur capacité esthétique. En ce sens, mon travail est une exploration constante. J’ai construit mes propres outils et mes propres techniques en me réinventant constamment.

Mon travail fait écho à notre monde contemporain. Je n’essaie pas de résoudre des problèmes en utilisant la technologie. Je considère plutôt que nous vivons tous dans une même modernité et que l’art nous aide à l’expliquer grâce à des connaissances non sémantiques. 

En 2007, j’ai fondé le laboratoire ARTEKLAB – Art & Science, qui ne cesse d’explorer l’intersection entre ces disciplines et de promouvoir la collaboration entre artistes et scientifiques.  

Je suis également responsable technologique de la collection BEEP d’art électronique, qui est l’une des plus importantes collections d’art numérique au Monde. Grâce à cela, je travaille aussi beaucoup sur l’entretien et la restauration ou la production d’œuvres d’art numériques. »

Quels sont tes outils en tant qu’artiste numérique ? Quelle est ta technique ?

« J’utilise plusieurs types d’outils et tous sont tous intrinsèquement liés. Je commence toujours par la création des algorithmes. Je travaille souvent le mouvement pour produire des œuvres numériques destinées à être diffusées sur de très grands écrans. Parfois, j’utilise l’impression 3D pour produire des objets

Aujourd’hui, mes œuvres les plus connues sont mes grandes installations algorithmiques conçues pour fonctionner sans électricité ! Je fais ici référence à Scintillant, par exemple, où j’utilise plus de 400 miroirs qui se déplacent au rythme du vent et où la lumière du soleil se réfléchie pour former une sculpture lumineuse. Cette sculpture a été conçue grâce au mouvement du soleil et de la lune sur la mer. Ceci est la preuve que mes créations peuvent faire intervenir énormément de savoir-faire, qui ne sont pas toujours exclusivement numériques ! » 

Quel est ton parcours ? As-tu suivi une formation spécifique ?

« J’ai suivi une formation en ingénierie électronique industrielle. Ce qui m’a le plus enrichi est ma passion pour les nouveaux Médias et le fait de côtoyer d’autres artistes, de m’intéresser au travail de mes collègues et à la vie elle-même. Je suis également commissaire d’exposition et j’ai travaillé sur plusieurs expositions internationales pour des festivals tels que Ars electronica, ce qui ne peut être que source d’inspiration. Je fréquente aussi des endroits où l’on s’intéresse beaucoup à la technologie et au bricolage. Enfin, je suis Professeur dans deux universités, l’une en architecture et l’autre en design. »

Quelle est ta source d’inspiration ?

« Pour moi, la relation entre la biologie et l’informatique est fondamentale.

Je suis très inspiré par la systémique et la cybernétique, il est donc très important pour moi de comprendre les écosystèmes et la façon dont les différents sujets y sont liés afin d’envisager leurs urgences, ce que j’appelle la biomimétique de second ordre. 

De même, j’aime la peinture et dans mes œuvres, je recherche à transposer la beauté picturale. C’est pourquoi j’aime voir mes œuvres comme des peintures algorithmiques, dont la matière est la lumière et dont le mouvement est infini. »

Index of Memories, Jaime de Los Rios

Des projets que tu aimerais mettre en avant ?

« Mon installation Scintillant est un système activé par 400 miroirs et par le rythme du vent. Sa construction, inspirée par un phénomène naturel – en l’occurrence le mouvement et l’organisation d’un banc de poissons – confère au système des comportements inattendus résultant de l’interaction de ses composants. Une construction biomimétique de second ordre imite autant de formes et de dynamiques que l’on peut en voir dans la nature. Ma démarche artistique se situe toujours dans cette voie contemplative, pour ensuite recueillir ce qui est observé à l’aide des mathématiques et appliquer ces connaissances à l’Art du mouvement, à la musique et à L’architecture de la nature. 

Scintillant est une œuvre d’art changeante qui propose aux spectateurs de contempler l’effet scintillant d’un banc de poissons argentés reflétant les lumières et les formes qui l’entourent.  Grâce à l’émission de reflets lumineux sur des miroirs, l’installation est une sorte de mirage qui capte le soleil, le ciel et les éléments de la ville de Saint Jean de Luz. »

Scintillant, Jaime de Los Rios

« Une autre œuvre que je voudrais présenter et qui définit très bien mon intérêt pour la peinture est Moving Pictures. Cette œuvre présente une évolution ironique des grandes toiles à l’ère de la reproductibilité algorithmique, un clin d’œil à tous les chefs-d’œuvre de la peinture. Moving Pictures est travaillée à partir d’un algorithme et son évolution est donc perpétuelle et infinie. Cette œuvre est une sorte d’exploration constante que je partage avec ses spectateurs. Parfois dans l’intimité de l’observation, je vois un lien avec le coup de pinceau de Monet, d’autres jours avec la grandeur de Turner, ou encore avec la lumière de Zobel. »
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Moving Pictures, Jaime de Los Rios