Jildert Viet (1993) est un artiste audiovisuel Néerlandais, actuellement basé à Utrecht. Il est spécialisé dans la construction de système génératifs et s’intéresse de près aux structures géométriques abstraites. Il crée ses œuvres à partir d’algorithmes afin d’explorer et de repousser ses propres limites tout en conservant un contrôle maximal sur les machines. Son travail s’exprime principalement à travers la vidéo, les performances en direct et les installations. 

Comment décrirais-tu l’art numérique ?

« L’art numérique est un art qui utilise les médias numériques comme SUJET, et pas seulement comme SUPPORT, car beaucoup d’œuvres seraient qualifiées de numériques si tel était le cas.  

Les œuvres d’art numériques sont généralement créées à l’aide d’un ordinateur. Cela dit, certaines oeuvres sont créées à partir d’une source numérique mais la sortie est analogique : c’est le cas de la robotique, par exemple ! »

25 prepared dc-motors, wire isolated 1.0mm, ZIMOUN, 2009

Pourquoi t’es-tu tourné vers l’art numérique ?

« Au début, c’était par curiosité pour les ordinateurs. La technologie est partout et lorsque vous utilisez la technologie en tant que consommateur, beaucoup de décisions sont prises pour vous sans même que vous vous en rendiez compte. Lorsque vous utilisez la technologie dans une démarche créative, vous entamez un processus de déconstruction. Vous partez d’une toile blanche et vous déterminez vous-même les règles. Le codage est puissant, voire fascinant, car vous pouvez poser vos idées, les définir dans un algorithme et ensuite le code exécute le travail. »

Qu’est-ce qui te plaît dans l’exploration des nouveaux médias ?

« J’aime explorer la puissance des ordinateurs. Je suis fasciné par la rapidité, la précision et le niveau de détails permis par les nouvelles technologies. 

J’aime aussi étudier les relations entre le numérique et la musique. Pendant mes études, j’ai appris le principe mathématique de l' »harmonie », qui est en musique, à mon sens, une polyphonie qui sonne bien ! Le timbre sonore est constitué de ces harmoniques, ce qui implique que le « LA » d’un piano à 440 Hz est différent du « LA » d’une guitare à 440 Hz. J’ai appris que ces harmoniques sont des multiples de la fréquence de base, donc dans une tonalité de base de 440 Hz, il peut aussi y avoir un 880 Hz ou un 554 Hz (et bien plus encore).

Ces harmoniques aident plusieurs voix à obtenir un son harmonieux, lorsqu’elles jouent sur le même accord ou sur la même tonalité. Le fait que les intervalles harmoniques soient en fait des rapports mathématiques m’a fasciné. »

Quels sont tes outils en tant qu’artiste numérique ? Quelle est ta technique ?

« En tant qu’artiste numérique, je construis mon propre logiciel visuel en utilisant OpenFrameworks et SuperCollider. J’utilise une approche que je qualifierais d' »ascendante » car je commence par la conception sonore et lorsque le son est intéressant, je le structure dans le temps, j’arrange des motifs comme des rythmes, etc. Ensuite, je produis la partie visuelle. Une autre technique que j’utilise est la conception de circuits imprimés, pour créer un matériel précis dans mes installations. »

Quel est ton parcours ? As-tu suivi une formation spécifique ?

« J’ai grandi avec la musique et j’ai développé très tôt une passion pour le piano jazz. Après le lycée, j’ai décidé d’étudier la musique alors j’ai déménagé à Utrecht pour rejoindre le conservatoire. Au conservatoire, j’ai compris que je préférais l’ordinateur au piano. Au bout d’un an, j’ai donc changé de programme pour rejoindre la section Music Technology, où j’ai été initié à la programmation.

Le premier jour, j’ai dû programmer des choses simples, ce qui m’a paru assez étrange car je voulais juste apprendre la composition musicale. Mais ce jour-là, j’ai découvert la puissance de la programmation, et sa pertinence par rapport à la musique, puisque la musique est aussi basée sur la logique et les mathématiques. À partir de ce jour, j’ai commencé à composer de la musique avec du code. »

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Continuum, Ryoji Ikeda, Centre Pompidou

« La musique en live est ce qui m’inspire le plus. Je me rends souvent à des festivals ou dans des lieux comme le Bimhuis à Amsterdam. Une autre grande source d’inspiration est le web, youtube et tout ce que les gens y font ! La nature est également très fascinante et bien sûr, d’autres artistes comme Ryoji Ikeda, Tarik Barri, Radiohead et Daito Manabe»

À Propos de PSE_0

« PSE_0 est le résultat d’une recherche en cours sur les systèmes de particules et s’inspire de la simulation des fluides. L’œuvre est constituée de 4 millions de particules, placées dans deux systèmes individuels. Chaque particule a sa propre vitesse, sa masse, son emplacement et sa direction, et chaque système a sa propre caractéristique de couleur et sa propre dynamique.

Le système réagit à ce qui semble être une force invisible, et qui est en réalité un champ vectoriel, c’est-à-dire une grille qui indique la force en des points spécifiques. Cela donne des résultats complètement inattendus. »